Comment une femme de 37 ans, sans antécédents médicaux connus ni facteurs de risque apparents, pouvait elle décéder si brutalement d’un problème cardiaque ?
Les médecins avaient diagnostiqué une endocardite infectieuse causée par un staphylocoque aureus, probablement dû à un abcès dentaire non soigné. Mais ce n’était pas tout : ils découvrirent également une malformation cardiaque jamais décelée auparavant – une bicuspidie. Pendant 37 ans, Deborah avait vécu avec cette malformation sans que personne ne s’en aperçoive, pas même elle.

Les mois suivants furent marqués par des réflexions et des questionnements auprès de l’équipe médicale exceptionnelle de La Pitié Salpêtrière. Nous avons compris que son endocardite infectieuse, amplifiée par sa malformation cardiaque, avait progressé de manière exponentielle, et que rien n’aurait pu arrêter cette défaillance. Malgré toutes ces explications, nous étions tous sous le choc : parents, sœur, mari et proches. Nous avons dû faire face à une culpabilité dévastatrice.

Mes parents, abasourdis, se sentaient responsables de son décès, répétant sans cesse : « Elle n’a jamais été malade, nous n’en savions rien… ». Le mari de Deborah, rongé par le chagrin, se sentait coupable en raison de sa grossesse. Jonas, à peine âgé d’un an, refusait de s’alimenter tout en appelant sa mère, lui aussi victime de cette incompréhension brutale. Quant à moi, en tant que médecin, j’avais immédiatement compris les raisons de son décès, mais l’effroyable réalité était qu’il s’agissait de ma sÅ“ur unique. Mon cÅ“ur se déchirait en mille morceaux, et le monde semblait s’écrouler autour de moi. À peine quelques jours après avoir fêté l’anniversaire de son petit garçon, il fallait lui dire adieu pour toujours. Une réalité des plus effroyables.
Personne ne peut imaginer la douleur à laquelle nous avons tous fait face et à laquelle nous faisons encore face chaque jour. Nous avons passé des mois à réellement comprendre les causes de son décès. Aujourd’hui, il y a très peu d’informations sur l’endocardite infectieuse et les malformations cardiaques. Malheureusement, dans de nombreux cas, le diagnostic est établi tard, souvent en situation d’urgence. La mort de Deborah représente pour moi une telle injustice que j’ai ressenti le besoin d’agir.

Ainsi, j’ai décidé de mettre à profit mes compétences et de fonder une association pour lutter contre l’endocardite infectieuse et soutenir les patients et leurs familles. En mars 2023, avec beaucoup de fierté et de dévouement, nous avons ouvert l’association DEBORA en l’honneur de ma chère sÅ“ur. Nos actions sont les suivantes :

  • Informer et sensibiliser le public à l’endocardite infectieuse.
  • Aider et accompagner les patients à risque et leurs proches à travers des projets d’éducation thérapeutique.
  • Prévenir et sensibiliser aux infections bucco-dentaires.
  • Financer la recherche sur l’endocardite infectieuse et l’antibioprophylaxie.
  • Promouvoir le diagnostic précoce de l’endocardite infectieuse et dépister les maladies congénitales et les atteintes valvulaires du cÅ“ur.

En l’honneur de ma chère sÅ“ur Deborah, notre association a pour mission de faire avancer les choses pour que plus jamais cela ne se reproduise. L’acronyme de son prénom représente parfaitement notre engagement : Dépistage de l’Endocardite, Bilan de prévention et Orientation de Recherche Appliquée.
Le but premier est de faire avancer les choses pour que plus jamais personne n’ait à vivre un deuil avec de telles incompréhensions.

Voilà notre histoire.
Merci a la magnifique chaine Coeurbattant d’avoir partagé notre histoire